Editorial: Le virus du coup K.O

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Editorial: Le virus du coup K.O

Faut-il continuer d’organiser des élections présidentielles en Afrique ? Cette question peut être jugée provocatrice par les idéologues de la démocra

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Faut-il continuer d’organiser des élections présidentielles en Afrique ? Cette question peut être jugée provocatrice par les idéologues de la démocratie en Afrique. Cependant, elle fait suite à une observation des élections sur le continent africain ces dernières années, particulièrement les dernières élections présidentielles en Côte d’Ivoire, Guinée Conakry, Burkina Faso, Togo en sont une preuve illustrative. Au cours de toutes ces élections, aucun chef d’Etat sortant n’a osé aller au second tour. Tout se gagne à la politique du coup K.O pour se mettre à l’abris de toute  surprise. En tout cas, cette politique gagne du terrain et commence par prendre d’assaut toute l’Afrique comme un virus. Le Togo notre cher pays comme à son habitude, constitue le modèle type en la matière. Et c’est d’ailleurs cet exemple qui inspire nombre de chefs d’Etat de l’Afrique actuellement. C’est comme une nouvelle donne dans l’ère démocratique africaine. Que ce soit au Togo (modèle type, 71%), en Côte d’Ivoire (un élève qui a dépassé largement son professeur en gagnant par 94, 27% ) ou en Guinée Conakry (59,50%), les résultats donnent l’expression d’une dictature sans fin. Si Pierre n’est pas sanctionné par la communauté internationale, ce ne serait pas Paul. Ainsi va la démocratie en Afrique.

La démocratie électorale en Afrique a échoué. L’élection présidentielle est improductive car non seulement elle est très onéreuse pour les pays africains, mais elle produit très peu de résultats positifs dans la vie des populations. La présidentielle ivoirienne a été reconnue par l’ensemble des observateurs comme l’une des plus coûteuses au monde.

La démocratie en Afrique, dans des pays pauvres et très endettés, est devenue un véritable luxe. Ces pays font très souvent appel à des financements extérieurs auprès de l’Union européenne et d’autres bailleurs pour organiser les présidentielles. Mais tout cela pour quels résultats ? Dans de nombreux pays, l’élection met aux prises des factions, généralement à base ethnique et depuis longtemps embourbées dans des luttes de pouvoir fratricides.

De fait, le niveau de violence électorale (avant, pendant et après) est devenu la jauge du bon déroulement et de la crédibilité d’une élection. En outre, même dans les pays considérés comme les plus avancés dans la consolidation de la démocratie comme le Ghana, le Mali, le Sénégal, et le Bénin, la présidentielle a polarisé les tensions et l’on a parfois frôlé la tragédie. Entendons-nous bien, l’absence de brutalité visible ne signifie pas qu’il n’y a pas de violation, même symbolique, des droits de l’homme par la restriction des libertés politiques, notamment l’emprisonnement, les tortures et les menaces des opposants, ainsi que des acteurs de la société civile (syndicats, unions, journalistes, etc.) avant ou après une élection. Ces violences en général débouchent sur la conservation du pouvoir par le président sortant ou le régime en place.

Les élections présidentielles en Afrique ne débouchent que très rarement sur une alternance. En dehors de quelques pays comme le Ghana, le Mali, le Sénégal, le Bénin et le Malawi, l’alternance politique s’est faite soit par le biais des putschs ou soulèvements populaires lors du « printemps arabe », soit elle ne s’est pas réalisée. Le même président, le même clan ou système, trentenaire, voire cinquantenaire, demeure au pouvoir. Il en est ainsi du Togo et du Gabon, puis, dans une certaine mesure, de toute la sous-région de l’Afrique centrale notamment l’Angola, le Congo, le Tchad, la Guinée équatoriale, le Cameroun et, plus loin, le Zimbabwe et l’Ouganda.

La tendance, la grande, reste la foire aux modifications des Constitutions pour que des présidents qui avaient accepté aux forceps le multipartisme, demeurent au pouvoir vingt-cinq ans après l’instauration de la démocratie.

Aujourd’hui, ils sont nombreux à se lancer dans l’aventure de la modification constitutionnelle en vue de conserver le pouvoir, à l’instar du Burundi, du Congo et du Rwanda. Ce sont des présidents qui organisent l’élection, et la gagnent inéluctablement. Dans un passé, Abdoulaye Wade avait essayé ce passage en force. En Côte d’Ivoire, la tentation a eu raison des gouvernants.

Au Bénin, ce n’est pas faute d’y avoir pensé. Ces manœuvres qui très souvent provoquent des violences, débouchent inexorablement sur la contestation des résultats.

Ce qui nous amène justement au troisième point : la contestation des résultats est devenue quasi consubstantielle à l’exercice de ces scrutins et dénote l’inculture démocratique des classes politiques africaines. L’opposition dénonce toujours des fraudes et demande l’annulation de l’élection. Depuis le 23 février, date de proclamation des résultats de la présidentielle togolaise, le candidat de l’opposition, Messan Gabriel Agbéyomé Kodjo, n’a cessé de crier à la fraude tout en s’autoproclamant lui-même vainqueur du scrutin et président de la République en dehors de tout cadre juridique.

En face, le pouvoir, qui contrôle les organes électoraux pompeusement qualifiés d’« indépendants » bat toujours en brèche les contestations et recours des opposants et proclame vainqueur le président en place.

Sur le continent, les élections présidentielles donnent à voir cette même complainte de fraude, de tricherie et de manque de transparence et d’équité.

Pourquoi organiser une élection dont le processus est de toute façon remis en cause et ne débouche que rarement sur l’alternance, mais plutôt sur des violences, et des morts ?

Théophile KPOHINTO

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