Editorial: Retour des régimes monarchiques

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Editorial: Retour des régimes monarchiques

Au début des années 1990, après plusieurs décennies de régimes de parti unique et de juntes militaires, la plupart des pays africains ont (r)établi l

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Si nos politiciens sont largement corrompus, cela doit nous détourner sur le chemin de l’alternance?

Au début des années 1990, après plusieurs décennies de régimes de parti unique et de juntes militaires, la plupart des pays africains ont (r)établi le système multipartisme. Des dizaines de partis politiques sont créés ou reconstruits avec l’objectif précis d’accéder au pouvoir exécutif suprême. Cependant, environ deux décennies plus tard, peu de ces partis ont atteint leur objectif de conquête du pouvoir. En effet, sur 73 cas de changements pacifiques de leaders en Afrique entre 1990 et 2008, seulement 18 ont bénéficié aux candidats présentés par les partis politiques de l’opposition. Ce nombre semble décevant par rapport aux immenses espoirs de « véritable alternance » que ces partis politiques ont suscité au début de la décennie 1990.

Afin d’approfondir l’analyse sur cette question, les cas du Bénin, du Ghana et de la Guinée ont été choisis pour mener une étude comparative. Il est vrai qu’il y a eu trois alternances au pouvoir exécutif au Bénin dans la période visée. Mais tous les présidents élus étaient des « candidats indépendants ».

La Guinée n’a connu aucune alternance dans la période sous examen, ni de personnalités, et encore moins de partis. Le Ghana étant le seul pays parmi les trois, où il y a eu d’alternance pacifique au pouvoir par un parti politique de l’opposition, commence par sombrer dans une forme de dictature. Les élections présidentielles de décembre 2020 ayant consacré le président sortant Nana Akoufo Ado dès le premier tour, en est une parfaite illustration. Il est donc claire partant de ces élections du Ghana, que le virus du coup K.O continue de faire l’unanimité en Afrique.  Ceci problématique la situation et conduit à la question suivante : comment expliquer l’échec des partis politiques de l’opposition pour conquérir le pouvoir exécutif ?

Pour répondre à cette question, il a fallu retracer l’historique et l’évolution du multipartisme et des élections dans les   pays de la sous-région, analyser leur environnement politique et institutionnel par rapport à la compétition politique, et porter un regard critique sur les stratégies notamment des leaders de l’opposition dans leur quête pour le pouvoir.

Que ce soit Faure Gnassingbé, Alassane Ouattara, Alpha Condé ou encore Nana Akoufo Ado, la règle semble être uniforme. Ce qui nous amène à s’interroger si l’Afrique tend-elle vers le retour des régimes monarchiques ?

 L’alternance au pouvoir par un parti d’opposition n’est possible que dans un système bipartisan ou bipolarisé, quoique la satisfaction de l’une de ces conditions ne soit pas suffisante. Les exceptions à cette observation sont rares en Afrique et sont le résultat d’une rare combinaison de circonstances particulières. Le Ghana a un système bipartisan. Le système bipolarisé est un bipartisme ad hoc créé grâce à la formation d’une coalition des principaux partis d’opposition. Les paysages politiques béninois, togolais et guinéen sont caractérisés par une prolifération de partis politiques qui ont jusque-là échoué dans leurs tentatives de former une véritable coalition électorale contre les partis au pouvoir. Le bipartisme relève de l’environnement institutionnel, et la bipolarisation des stratégies des leaders politiques, d’où notre recours aux approches néo-institutionnelle et stratégique (choix rationnel) comme cadres théoriques.

Les royautés locales sont loin d’avoir disparu dans l’Afrique contemporaine. Il faut s’intéresser à l’exercice du pouvoir et à la sacralité des souverains. Cette autorité traditionnelle se révèle un allié précieux des Etats en Afrique.

Au lendemain des indépendances, le destin des pouvoirs traditionnels semblait scellé : issus d’anciennes lignées ou produits des administrations coloniales, les royautés et les chefferies ont bien souvent été accusées d’avoir servi le pouvoir des colonisateurs, et auraient perdu toute raison d’être avec la création de nouveaux États dans les années 1960. Cette lecture place l’État comme le champion unique de la modernité, renvoyant les royautés au rang de résurgences politiques passéistes. Longtemps présentés comme profondément étrangers l’un à l’autre, ces deux pouvoirs sont en réalité plus intimement mêlés qu’il n’y paraît. Non seulement les monarchies traditionnelles ont survécu, mais elles sont devenues de nouveaux laboratoires de la construction de l’État contemporain en Afrique.

Pourtant, les mutations sociales auxquelles la société africaine est soumise obligent à une adaptation – sinon une hybridation – de ce système, le plaçant de facto au carrefour de la tradition et de la modernité. Chacune de ces deux dimensions ne se construit plus, en 2009, en opposition l’une à l’autre.

Si le roi règne sans partage, il lui faut un semblant de participation pour démontrer l’adhésion de son peuple au système. Et c’est d’ailleurs ce que semble faire l’ensemble des chef d’Etats africains.  A l’étranger, le monarque est régulièrement pointé du doigt pour son goût pour les voitures de luxe, le train de vie extravagant de la famille royale, alors que plus des milliers de personnes dépendent de l’aide alimentaire et que les pays sont confrontés à la plus fort taux de pauvreté.

Il n’est plus un secret pour personne que les pays africains au lieu d’évoluer, font plutôt un fead back dans le passé avec les anciens systèmes de gouvernance qui ont pour clé de voûte, la dictature et le coup de force.

Théophile KPONHINTO

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