Hôpital de Bè : Un personnel à surveiller de près

AccueilSociale

Hôpital de Bè : Un personnel à surveiller de près

Il y a des choses qu’on a de la peine à croire, et pourtant elles sont vraies. On dirait que ceux qui font du désordre dans l’hôpital de Bè ont manqu

J.M.L.P: Le PPT s’incline devant la mémoire des confrères disparus dans cette bataille et place cette célébration de 2020 sous le thème « Le journalisme sans crainte ni complaisance »
Vie chère au Togo : Des fils et filles Akposso disent stop à la famine
A quand la décentralisation des universités publiques au Togo ?

Il y a des choses qu’on a de la peine à croire, et pourtant elles sont vraies. On dirait que ceux qui font du désordre dans l’hôpital de Bè ont manqué de chance cette fois-ci, puisque ce que nous allons vous raconter n’est pas arrivé à n’importe quelle personne, mais à nous-mêmes du journal « Sika’a » et « Togo Actualités ».

C’est au matin du vendredi 13 novembre 2020. Des patients étaient là avant notre arrivée à la salle de consultation en médecine générale. Les bancs étaient tous occupés et la salle était pleine. Quand ce fut notre tour de passer, il n’y avait hélas aucun infirmier à qui s’adresser. Alors nous sommes entrés chez le médecin. Il nous demande si on nous a pris les constantes (tension, température etc.). Nous avons répondu Non. Il demande si l’infirmier n’est pas là. Nous avons répondu Non. Il se fâche et crie: «Comment se fait-il que l’infirmier qui est parti depuis si longtemps ne soit pas revenu?». Il nous dit de ressortir, ajoutant que si on ne nous relève pas les constantes, il ne pourra pas nous consulter.

Nous sommes donc ressortis pour nous rassoir à notre place, obligeant ceux qui viennent après nous à attendre aussi. Nous avons longtemps attendu et il a enfin fini par sortir pour nous dire que nous sommes obligés de rester là, tant que les constantes n’auront pas été prises. Il continue qu’il ne sait pas où l’infirmier est allé et qu’on le cherche en vain. «La prise des constantes, ce n’est pas mon boulot; je ne peux pas faire deux choses à la fois», fulmina-t-il. Il retourne dans son bureau et referme. Nous les patients, nous nous regardions, désorientés. Un homme d’un certain âge qui avait amené son épouse s’est indigné et lance que lui, c’est pour ces raisons qu’il ne vient jamais dans de tels hôpitaux et qu’il ne comprend pas pourquoi sa femme a insisté pour y venir. Il dit que ce n’est que le SMIG que les employés de cet hôpital gagnent et donc qu’ils n’ont aucun intérêt à bien travailler.

Il y avait un autre couple arrivé avant nous et dont les constantes avaient déjà été prises avant notre arrivée. On devait faire une piqûre à la femme. Elle se débattait et se tordait. Pendant ce temps, on cherchait toujours l’infirmier en vain. Les gens se plaignaient quand une autre infirmière qui travaillait apparemment dans un autre service est arrivée aussi pour chercher le fameux infirmier qui se prénommait Ayité. Depuis 9h, c’est à 11h qu’on a fini par le retrouver dans une salle qu’ils dénommaient salle d’observation. Il était là-bas en train de causer avec d’autres. Les malades étaient en colère et leur reprochaient leur négligence. Nous regardions dans la salle. Le Ayité en question s’est tout simplement levé pour venir fermer la porte entrouverte. Certains se sont immédiatement levés pour partir, fâchés. La femme à côté de nous a également pris son enfant et est partie, probablement vers un autre centre de soin car, vu l’état dans lequel se trouvait son petit, elle ne pouvait pas se permettre de rentrer avec lui à la maison.

Les gens parlaient. Ils disaient que si les soignants savent qu’ils ne vont pas s’occuper des patients, ils n’ont qu’à dire à la caisse de ne pas non plus leur prendre de l’argent pour les bons. Les malades continuaient à partir, mais étant les premiers sur le banc, nous hésitions, espérant que la situation allait changer à tout moment. Finalement, l’infirmier est effectivement venu pour nous prendre les précieuses constantes.

Le docteur lui, il était toujours enfermé dans son bureau, écoutant à tue-tête l’émission Club de la Presse. Il finit quand même par nous recevoir, mais il était pressé et semblait bâcler les choses. Va acheter ceci et cela, disait-il. Il nous prescrit dans la foulée une radiographie du thorax. Arrivé là-bas, l’homme à la radiologie nous dit tout de suite qu’à son avis, cette seule radiographie est insuffisante et il demande qu’on nous fasse une radio de la tête également. C’est là qu’une sinusite nous a été détectée. Assez gêné, l’homme de la radiologie nous fait savoir que le docteur est passé à côté du diagnostic, mais de ne pas aller directement lui dire que le patient a une sinusite. Il nous conseille de juste lui remettre les résultats pour que lui-même les interprète, histoire de ne pas le frustrer.

Une femme arrive. On devait l’hospitaliser. L’infirmière demande à sa collègue si elle sait comment on s’y prend pour hospitaliser un patient qui a l’assurance INAM. Elle répond Non. Alors l’autre rétorque: «Moi je ne le fais pas alors! Je ne sais pas le faire, donc je ne fais pas». Monsieur le directeur de l’hôpital, monsieur le ministre de la Santé, messieurs les responsables du Synphot, c’est cela aussi, votre hôpital de Bè!           

 Sahé Sahéa   

error: Le contenu est protégé !!