La Tribune De La Semaine De Maryse QUASHIE Et Roger E. FOLIKOUE: « Il est temps que chacun fasse sa part et ne cherche pas à trouver la source de son silence et de son inaction chez tel ou tel autre. »

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La Tribune De La Semaine De Maryse QUASHIE Et Roger E. FOLIKOUE: « Il est temps que chacun fasse sa part et ne cherche pas à trouver la source de son silence et de son inaction chez tel ou tel autre. »

A l’occasion de la crise sanitaire liée à la pandémie du COVID-19, crise qui n’est d’ailleurs pas encore derrière nous, on a pu constater à quel poin

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A l’occasion de la crise sanitaire liée à la pandémie du COVID-19, crise qui n’est d’ailleurs pas encore derrière nous, on a pu constater à quel point les systèmes publics, de la santé et de l’éducation entre autres, sont dans un état de délabrement avancé dans notre pays. Il ne s’agit d’ailleurs pas seulement des infrastructures et des équipements mais aussi de tout ce qui
est organisationnel, à tel point que le fonctionnement de ces systèmes est d’une lenteur incroyable, avec des temps de prise de décision inacceptables et des choix dont les mobiles restent obscurs pour la plupart des citoyens. Tout cela démontre l’incurie de l’Etat qui a comme premier devoir de protéger le droit à la santé et le droit à l’éducation de tout citoyen.

Cependant, il a fallu du temps pour en arriver là, au moins une quinzaine d’années sinon le double. Cela signifie que si l’Etat n’a pas joué son rôle, c’est qu’on l’a laissé faire. L’ont laissé faire plus précisément, les citoyens qui doivent exercer leur rôle de veille à temps et à contretemps. On nous dira que ces dernières trente années les citoyens n’ont pas eu, bien souvent, le droit à la parole. Ils ont été empêchés de s’informer correctement, de se réunir, de s’exprimer, de manifester. Oui, c’est vrai, la répression des libertés individuelles a été féroce.

Mais cela dédouane-t-il pour autant les citoyens ?

Vous rappelez-vous, ce que nous écrivions en novembre 2018 à propos de la formule Entre nous utilisée par beaucoup de personnes pour donner leur opinion en catimini ?
«N’ y a-t-il pas quelque chose de vraiment indécent à essayer de se convaincre et de convaincre les autres qu’on n’est pas dans le mauvais camp, qu’on défend le bon droit, la vérité, la justice, (…), , même si on n’a pas le courage de le faire publiquement ? Insupportable hypocrisie dictée par la peur (…) ! »
N’est-ce pas ce qui continue de se passer aujourd’hui encore alors que la situation est encore plus grave, dans la mesure où la moindre décision concerne une grande partie de la population du pays ? Notre conclusion de l’époque ne demeure-t-elle pas toujours valable ?

« En définitive, entre vous et moi, « entre nous » ne serait-ce pas un signe de lâcheté ? »

Si on creuse cette attitude, ce qu’on remarque de plus aujourd’hui, c’est que tout le monde cherche à accuser tel ou tel autre de ne pas avoir dit ou fait, telle ou telle chose, à tel ou tel moment. L’Etat qui n’aurait pas correctement géré le système de santé, ou construit les salles de classes nécessaires, ou recruté suffisamment d’enseignants… Et les citoyens, premiers concernés qui continuent à fréquenter des hôpitaux où ils sont obligés d’acheter tout eux mêmes, et les citoyens qui continuent d’envoyer leurs enfants dans des écoles où ils sont plus de cent par classe, qu’ont-ils fait ? La réussite d’un Etat n’est-ce pas aussi l’implication décisive des citoyens ?

Il y a alors toujours quelqu’un qui évoque la question du leadership, leadership des hommes politiques qui ne s’occupent que d’élections au lieu de dénoncer les conditions de vie des citoyens. Au fond, de la même façon que nous aimons nous aligner derrière quelqu’un pour agir, de la même façon, nous aimons trouver dans les dirigeants les responsables de notre
inaction. Par exemple, ces derniers temps, la hiérarchie de l’Eglise catholique a été l’objet de beaucoup de critiques. Sans prendre position sur ces critiques, on peut être sûr que parmi les personnes qui les émettent il y a beaucoup de fidèles catholiques : qu’ont-ils fait, qu’ont-ils
dit au nom de leur foi catholique, s’ils savent ce qui est juste ? Pourquoi attendre de la hiérarchie ce qu’on ne fait pas soi-même en tant que membre d’une institution religieuse? Avons-nous entendu des groupes de laïcs catholiques s’exprimer ou avons-nous appris qu’ils aient posé des actes concrets ? Les fidèles laïcs ne sont-ils pas plus nombreux que les membres du clergé ? Ne peuvent-ils pas oser au nom de leur mission de transformer l’ordre temporel ?

Il est temps que chacun fasse sa part et ne cherche pas à trouver la source de son silence et de son inaction chez tel ou tel autre. Il s’agit de s’interroger sur ce qu’on doit dire et qu’on n’a pas osé dire, sur ce qu’on doit faire et qu’on n’a pas osé faire, attendant que quelqu’un d’autre le dise ou le fasse.

Ce que l’on peut compter à la décharge du citoyen togolais par contre, c’est l’absence d’un espace public de débat où on pourrait s’exprimer sans peur de la répression. Voilà pourquoi nous continuons à écrire notre tribune depuis plus de 18 mois, luttant ainsi pour que s’ouvre cet espace. En effet, imaginez l’atmosphère dans notre pays si tous ceux qui lisent nos textes,
qui aimeraient échanger après pour exprimer leur accord ou leur désaccord, si tous ceux-là, (ils sont nombreux nous le savons) prenaient le courage de le faire publiquement ?


Le débat permettrait de clarifier beaucoup de points qui demeurent des zones d’ombre pour nos concitoyens, et cela encouragerait sûrement certains à agir.Nous continuerons donc cette tribune tout en regrettant de ne pas être soutenus dans cet engagement par ceux qui devraient logiquement le faire. C’est ce que nous disions déjà dans
notre toute première tribune (début novembre 2018) : « Mais dans notre pays des universitaires qui se disent, en aparté, épris de justice et
de liberté, se taisent et laissent faire : c’est inacceptable !


Des universitaires dont la plupart sont issus de ces milieux défavorisés qu’on exploite et qu’on trompe, de familles qui se sont saignées aux quatre veines pour leur formation, ces universitaires ne se lèvent pas au nom de la vérité, ne disent pas un mot pour se battre contre la désinformation, les contre-vérités, les argumentations spécieuses et les approximations : c’est inacceptable !


A cause de la peur, de l’indifférence ou de l’égoïsme, le Togo n’auraient plus
d’universitaires dignes de ce nom, d’universitaires qui aspirent à mettre leur savoir non seulement au service mais à la portée des autres, montrant par-là que l’individualisme est une fausse piste ; d’universitaires qui choisissent la veille et l’éveil pour transmettre à la jeunesse une société où il fera bon vivre les uns avec les autres et non les uns à côté des autres, les uns pour les autres, et non les uns contre les autres ? C’est inacceptable ! »

Et justement parce que c’est inacceptable, parce que nous ne voulons pas croire qu’il n’y ait pas d’intellectuels au Togo, parce que nous voulons nous battre main dans la main avec les intellectuels, nous entretenons donc l’espoir qu’un espace de débat va enfin s’ouvrir.


De quelle manière ? Nous voulons croire qu’il est proche ce moment où ceux qui se cachent, ceux qui se terrent dans le silence aujourd’hui, oseront sortir et parler parce qu’ils seront enfin convaincus de ce qu’affirmait Martin Luther KING « Notre vie commence à s’arrêter le
jour où nous gardons le silence sur les choses graves ».


Lorsque nous formerons une masse critique (pas une centaine mais même une douzaine suffirait) parlant sur les média, écrivant dans les publications, organisant rencontres et débats autour des problèmes de notre pays, alors l’espace public s’ouvrira et tous les citoyens en profiteront. Ils ne se laisseront plus désinformer par le pouvoir en place, ils ne resteront pas des citoyens crédules face aux fake news des réseaux sociaux, ils ne laisseront plus n’importe qui se faire passer pour un expert tout simplement parce qu’il a devant lui une caméra qui le filme.


Lorsque les intellectuels n’attendront plus que quelqu’un dise ce qu’il y a à dire et à faire, quand et comment le faire, alors nous ne vivrons plus dans une société paralysée par le silence. Le temps pour la construction de cette société est donc arrivé et cela dépend de nous. C’est notre foi.

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