Tradition africaine: La disparition de l’école traditionnelle Africaine

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Tradition africaine: La disparition de l’école traditionnelle Africaine

« L’école occidentale a donc d’abord commencé par combattre l’école traditionnelle africaine et à pourchasser les détenteurs des connaissances tradit

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« L’école occidentale a donc d’abord commencé par combattre l’école traditionnelle africaine et à pourchasser les détenteurs des connaissances traditionnelles. C’était l’époque où tout guérisseur était jeté en prison comme « charlatan » ou pour « exercice illégal de la médecine »…

C’était aussi l’époque où l’on empêchait les enfants de parler leur langue maternelle, afin de les soustraire aux influences traditionnelles. »
Comme nous l’avons vu, la connaissance africaine est donc une connaissance globale, une connaissance vivante, et c’est pourquoi les vieillards qui en sont les derniers dépositaires peuvent être comparés à de vastes bibliothèques dont les rayons sont reliés entre eux par d’invisibles liens qui constituent précisément cette « science de l’invisible », authentifiée par les chaînes de transmission initiatique.


Jadis, cette connaissance se transmettait régulièrement de génération en génération, par les rites d’initiation et par les différentes formes d’éducation traditionnelle. Cette transmission régulière s’est trouvée interrompue du fait d’une action extérieure, extra-africaine : l’impact de la colonisation. Celle-ci, venant avec sa supériorité technologique, avec ses méthodes et son idéal de vie propres, a tout fait pour substituer sa propre façon de vivre à celle des Africains. Comme y on ne sème jamais dans la jachère, les puissances coloniales ont été obligées de « défricher » la tradition africaine pour y planter leur propre tradition. À telle enseigne qu’à l’école, l’enfant qui était surpris en train de parler sa langue maternelle se voyait affublé d’une planchette appelée « symbole » sur laquelle était dessinée une tête d’âne, et se voyait privé de déjeuner…


Les graines de cette nouvelle tradition, une fois semées, ont crû et porté des fruits. C’est pourquoi la jeune Afrique, née de l’école occidentale, a plutôt tendance à vivre et à penser à l’européenne, ce qu’on ne saurait lui reprocher, car elle ne connaît que cela. L’élève vit toujours selon les règles de son école.


A l’époque coloniale, la transmission initiatique, qui se faisait jadis au grand jour et d’une manière régulière, dut se réfugier dans une sorte de clandestinité. Petit à petit, l’éloignement des enfants de leurs familles a fait que les vieillards n’ont plus trouvé autour d’eux les jeunes susceptibles de recevoir leur enseignement. L’initiation sortit peu à peu des cités pour se réfugier dans la brousse. Mais le dernier coup lui fut porté par l’avènement de l’indépendance sur la base d’idées et d’idéologies exclusivement européennes. Alors que le colonialisme, en effet, suscitait des réserves et pénétrait peu en brousse, ces mêmes idées européennes, véhiculées par les partis politiques modernes, ont mobilisé les masses jusque dans le moindre recoin de brousse, de telle sorte que la transmission ne trouve presque plus de terrain où s’exercer.


A une époque où divers pays du monde, par l’intermédiaire de l’UNESCO , consacrent argent et efforts pour sauver les grands monuments de Nubie menacés par les eaux du barrage d’Assouan, n’est-il pas plus urgent de sauver le prodigieux capital de connaissances et de culture humaine accumulés au cours des millénaires dans ces fragiles monuments que sont les hommes, et dont les derniers dépositaires sont en train de disparaître ?

AMADOU HAMPATHÉ BÂ

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